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L'UNIVERSITé GABONAISE ET LA RéFORME LMD UN IMPéRATIF D'ACCESSION à L'UNIVERSALITé

Le processus de mondialisation qui a été amorcé dès le XVe siècle, grâce aux grands voyages océaniques circumterrestres, a entraÎné dès cette époque le décloisonnement des économies-mondes qui jusque-là étaient isolées les unes des autres et abouti à la formation du premier système mondial. Depuis, la mondialisation n'a cessé de se développer et, au dernier quart du XXe siècle, elle a acquis une tournure nouvelle liée à l'expansion des NTIC. Il s'agit de la mise en connexion de tous les réseaux de télécommunications plurimodales du globe. Elle continue aujourd'hui de se renforcer secteur par secteur. Et l'un des secteurs les plus illustratifs est celui de l'éducation où l'on observe une généralisation à l'ensemble des systèmes universitaires du monde de l'architecture trinitaire LMD (Licence, Master, Doctorat) d'inspiration anglo-saxonne. L'architecture LMD constitue donc, à l'heure actuelle, la forme la plus achevée de la mondialisation du système d'enseignement universitaire. Cela voudrait dire, l'instauration d'une norme internationale de comparabilité des cursus, d'homologation des programmes et de mobilité des acteurs universitaires par la standardisation des mécanismes de transmission, d'évaluation et de circulation planétaire des savoirs. L'application de cette norme internationale implique également la mise en oeuvre d'une stratégie indissociable à savoir, la construction de programmes d'enseignement parfaitement adaptés aux exigences de développement de chaque société. Ce qui suppose, entre autres, une concertation permanente avec les acteurs sociaux et politiques engagés dans le développement du pays tels que, les entreprises, les organismes étatiques, paraétatiques et les partenaires privilégiés de l'Université dont le gouvernement et les parents d'étudiants. Ces acteurs à notre sens, devraient plus que jamais apporter une contribution sans précédent à la confection des nouvelles offres de formation plus adaptées aux opportunités et contraintes qu'offrent les environnements national et international. Comme on peut le percevoir, le LMD est une occasion idoine pour permettre à l'Université, de sortir de sa tour d'ivoire, de s'ouvrir au monde et de proposer des solutions endogènes aux problématiques que soulève la société qui l'a créée. La réforme LMD, si elle est introduite avec le maximum de précautions et d'exemplarité extérieure, conduit nécessairement le corps universitaire tout entier vers une mutation profonde, pragmatique et irréversible.

Premièrement, le LMD appelle un changement de paradigme. Tous les spécialistes des sciences sociales savent pertinemment à quoi renvoie ce terme. En langage commun, il veut simplement dire un changement de mode de pensée, d'état d'esprit et de structure mentale, en l'occurrence, dans la manière de concevoir le rapport avec la matière enseignée, d'envisager la relation de l'enseignant avec l'apprenant et d'appréhender l'osmose entre l'Université et son environnement sociétal. En clair, il s'agit d'une part, de la rupture avec un mode d'organisation universitaire désormais antérieur et d'autre part, de l'appropriation d'un champ conceptuel et sémantique universitaire nouveau ainsi que d'une nouvelle culture plus positive de la performance et de la réussite des étudiants. L'appropriation du champ conceptuel spécifique au LMD suppose évidemment, dans le cadre du changement de paradigme, que l'on ne transpose pas directement le mode d'organisation antérieur au système nouveau. Par exemple, certains cèdent facilement à la tentation d'établir une rigoureuse analogie entre les notions d'unité de valeur du système français ancien et d'unité d'enseignement en vigueur dans le système LMD. Une approche plus approfondie de ces deux notions indique cependant qu'il n'y a pas d'homologie entre elles. Ce sont justement les pièges de la transposition, façonnés par l'instinct de conservation, qui pourraient conduire à vicier certains mécanismes d'évaluation et de validation des connaissances propres au nouveau système. A ce propos, il importe de préciser que le système LMD s'accommode mal des pratiques antérieures de globalisation, de compensation des notes et de coefficients. Le crédit, qui est, à l'heure actuelle, l'étalon international de mesure de la quantité des connaissances acquises et de leur validation, englobe et érode à la fois toutes ces modalités caractéristiques de l'ancien système. Il s'ensuit que la maÎtrise des concepts du LMD et la fine connaissance des nuances de leur application à travers le paysage universitaire mondial sont les gages les plus sûrs de la réussite d'une réforme bénéfique à notre pays.

Deuxièmement, Le système LMD introduit à une lecture universelle de l'échelle de mesure du temps académique, de la quantification et de la validation des connaissances accumulées. Le temps universitaire ne se décline plus en termes d'annuités. On mesure désormais la progression de l'étudiant en termes de cumul de semestres et de capitalisation du nombre de crédits. Il est évident que ce nouveau découpage couplé à cette unité de mesure (le crédit) entraîne, par rapport au système antérieur, un raccourcissement du temps d'apprentissage dont le déficit, dans les systèmes LMD évolués, est compensé par la pluralité et l'efficacité des modes de formation et d'évaluation. Force est de rappeler que durant un semestre (13 à 15 semaines de cours), c'est pratiquement la même matière d'un cours annuel du système actuel, en volume, qui est dispensée, mais avec une multiplicité d'outils pédagogiques différents et complémentaires. C'est dire combien l'innovation pédagogique va désormais constituer la force motrice principale de toute l'entreprise académique de transmission et de production des savoirs et des savoir-faire.

Troisièmement, le LMD entraÎne la multiplication d'enseignements spécifiques tournés vers les besoins nationaux du développement tels que ressentis par la volonté d'organisation et les aspirations de la société civile. Celles-ci conduisent à structurer l'offre des programmes d'enseignement universitaire en fonction de la demande sociale et non plus en fonction de la vieille adéquation Formation-Emploi. D'ailleurs, est-il logique ou seulement possible, dans une économie extravertie dominée par de grandes multinationales extérieures, de continuer à subordonner la formation à des conditions d'emploi définies par des actifs extérieurs en fonction des stratégies de leur seule rentabilité et non pas en fonction des impératifs du développement du pays hôte ? Là où le LMD change toute la donne, c'est qu'il permet d'inverser toute la stratégie nationale du développement en faisant de la demande sociale, c'est-à-dire des aspirations de la collectivité au développement, le déterminant de l'offre de formation universitaire.

Quatrièmement, la réforme LMD vient à point nommé pour donner aux universités gabonaises la capacité d'assurer pleinement une mission fondamentale : celle de formation permanente ou continue des personnels des secteurs administratifs, économiques et sociaux préoccupés par l'amélioration de leurs performances professionnelles qui débouchent naturellement vers l'élévation intellectuelle de la société tout entière. L'occasion sera enfin donnée, en raison et en fonction de la demande sociale, de créer des profils diplômants spécifiques qui permettront de suppléer à de nombreux concours, stages administratifs ou professionnels dans l'évolution de la carrière, autant dans la fonction publique que dans l'entreprise privée. L'objectif des universités gabonaises remodelées par le système LMD est de parvenir, au sein de la société, à un accroissement du niveau général des connaissances par le recyclage des professionnels désireux de parfaire leurs compétences. Désormais quiconque a interrompu ses études universitaires à un niveau donné peut demander à faire réévaluer pédagogiquement son dossier dans le Département de son choix et se voir attribuer un niveau de continuation dans le grade correspondant.

Au seuil d'un basculement désormais imminent et irréversible vers un mode d'organisation universitaire de plus en plus mondialisé, il convient tout de même d'indiquer que le système LMD s'applique à toutes les branches universitaires du savoir et des savoir-faire. Pas une seule n'y échappe. On aurait tort de croire qu'il paraÎt plus adapté ou plus familier aux disciplines littéraires, scientifiques, juridiques ou économiques. Il est pourtant tout aussi approprié aux sciences managériales où la célébrité du grade MBA n'est plus à démontrer. Cependant, c'est aussi dans les sciences de l'ingénieur, dans les disciplines pharmaceutiques et médicales qu'il a eu à produire l'impact restructurant le plus décisif et le plus déterminant dans la réorganisation des apprentissages et l'évolution des carrières. Le modèle LMD dominant, d'inspiration anglo-saxonne, a permis d'y opérer une distinction nette entre les pratiques professionnelles de niveau du premier cycle universitaire, de durée variable (de 4 à 5 ans), que sont le diplôme d'Ingénieur, le diplôme de Pharmacien, le diplôme de Médecin et les profils post-gradués de Master, puis de Doctorat (Ph.D.), conduisant soit à l'amélioration de la pratique soit à l'exercice de la recherche ou de l'enseignement. Un exemple digne d'intérêt est, sans aucun doute, celui de la restructuration de la profession d'Infirmier. Le système LMD dans la tradition anglo-saxonne lui confère les trois grades universitaires principaux dont les plus surprenants pour la tradition universitaire francophone africaine ou française sont ceux de Master et, surtout, de Doctorat (Ph.D.) en soins infirmiers !

La réforme LMD représente ainsi la meilleure opportunité qui s'offre, en ce début du XXIe siècle, à l'Université gabonaise de rattraper ce qu'elle n'a pu accomplir au XXe siècle, à savoir, repenser son essence, sa vocation et ses missions ; s'incruster dans le substratum intellectuel de la nation en tant que haute institution de production des savoirs du développement ; enfin, rayonner dans le monde en tant que reflet de la pensée constructive gabonaise. Cette occasion est à saisir impérativement parce qu'elle sous-tend un remodelage profond du rapport entre l'Université et la société gabonaise nouvelles. Elle porte aussi le projet d'une reconfiguration du rapport entre l'Université gabonaise et l'espace universitaire mondial et universel en cours d'édification. Dans cette économie de libre marché et de circulation intense des hautes compétences qui s'annonce inexorablement, le Gabon ne saurait rater ce défi et la réforme LMD lui offre enfin la chance, pour une fois, de ne pas s'insérer dans la mondialisation en tant que périphérie ou sous-périphérie du système universitaire mondial. Ce sort, peu enviable, qui a été le sien au XXe siècle doit désormais, grâce à l'appropriation du LMD, être relégué dans les oubliettes de la dépendance intellectuelle qui a caractérisé notre intelligentsia jusqu'à maintenant.

Par Le Comité Technique LMD De l'Université Omar Bongo